Enjeux globaux sur l’état du Saint‐Laurent : Présentations

Effondrement de la perchaude au lac Saint‐Pierre : Comment en sommes‐nous arrivés là et quelles actions devront être entreprises?

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Christiane Hudon

Chercheure, dynamique des communautés végétales
Section Recherche sur les écosystèmes fluviaux
Environnement Canada

Christiane Hudon s’intéresse aux impacts cumulatifs des activités humaines sur la productivité et le métabolisme des grandes rivières, particulièrement le Saint‐Laurent. Elle utilise notamment les algues microscopiques et les plantes aquatiques comme indicateurs de la qualité et de la quantité d’eau. Christiane a obtenu un Ph. D. en biologie marine de l’Université Laval et est chercheure scientifique à Environnement Canada depuis 1993. À titre d’expert pour le gouvernement canadien, elle a donné des avis scientifiques pour l’évaluation de plans de régularisation alternatifs pour le débit sortant du lac Ontario vers le Saint‐Laurent (Commission mixte internationale) et pour l’adoption de la réglementation canadienne pour réduire les teneurs en phosphore dans les détersifs domestiques.

Photo de Philippe Brodeur

Philippe Brodeur

Biologiste
Ministère des Ressources naturelles du Québec

Philippe Brodeur détient une maîtrise en sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Trois‐Rivières ayant pour sujet le contrôle du meunier noir dans les lacs à omble de fontaine du Québec. Il est biologiste pour le ministère des Ressources naturelles depuis 2002. Il est actuellement affecté au suivi et à la gestion des populations de poissons du Saint‐Laurent, dans la région de la Mauricie et du Centre‐du‐Québec. Au cours des dernières années, il a participé à plusieurs travaux de recherche et de suivi sur l’état des milieux humides et des populations de poissons ainsi qu’à des travaux de restauration d’habitat dans la plaine inondable du fleuve.

Résumé

Présentation avec la collaboration de : Antonella Cattaneo, Anne‐Marie Tourville Poirier, Pierre Dumont, Yves Mailhot, Jean‐Pierre Amyot, Simon‐Pierre Despatie et Yves de Lafontaine

Au milieu des années 1990, la perchaude a connu une chute importante de son abondance. Malgré l'application de mesures restrictives de gestion de la pêche entre 1997 et 2008, la population de perchaudes s'est effondrée. Les différentes composantes de l’écosystème du lac Saint‐Pierre (macrophytes submergés, invertébrés benthiques, communauté de poissons et perchaudes juvéniles) ont été échantillonnées sur la rive sud durant la période de déclin de la perchaude. Une zone d'herbier enrichie par des tributaires agricoles et une zone épurée, déficiente en azote, située plus loin en aval, ont été comparées. En plus de la réduction de biomasse des macrophytes dans la zone épurée, le remplacement des algues filamenteuses vertes de la zone enrichie par des tapis de cyanobactéries benthiques dans la zone épurée a été documenté. Ces changements ont engendré une cascade d'effets, allant de la diminution d'abondance des macrophytes à une baisse de la disponibilité des invertébrés et à une réduction de la croissance des jeunes perchaudes et de leur potentiel de survie. À cette détérioration des zones de croissance s’est ajoutée la modification anthropique des zones de reproduction et d'alevinage en plaine inondable ainsi que l'arrivée de nouveaux compétiteurs et prédateurs. Les constats sur le mauvais état du lac Saint‐Pierre indiquent que la situation ne se relèvera que lorsque la perchaude sera en mesure de se reproduire et de se développer dans un milieu sain. En particulier, il faudra rétablir les habitats vitaux dans le littoral du lac Saint‐Pierre et améliorer la qualité de l'eau provenant des tributaires. Le succès de ce vaste projet de restauration reposera en grande partie sur notre capacité à diminuer les pressions anthropiques qui pèsent sur cet écosystème.

Complément

Une hypothèse propose que l’effondrement des stocks se soit produit vers 1994‐1995. Il y a effectivement une étude qui dénote une bonne année de production suivie d’une baisse marquée.

Pendant longtemps, il y avait un lien entre la croissance et l’importance de la cohorte de perchaudes. Toutefois, au cours des années 2000, cette corrélation a diminué, ce qui semble donc militer plus en faveur de la cause de la dégradation des habitats. Aucune information ne permet de lier cette problématique à la mise en service de l’usine d’épuration des eaux de Montréal.

Douze années de suivi des contaminants émergents : résultats dans le Saint‐Laurent et perspectives

Photo de David Berryman

David Berryman

Analyste
Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP)

Biographie

David Berryman est titulaire d’un baccalauréat en biologie de l’Université du Québec à Rimouski et d’une maîtrise en sciences de l’eau du Centre Eau Terre Environnement de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS‐ETE). À l’emploi du MDDEFP, il a réalisé plusieurs études sur la contamination de cours d’eau du Québec méridional par des substances toxiques, dont plusieurs contaminants émergents.

Résumé

Le MDDEFP a commencé à effectuer la surveillance des contaminants émergents dans les cours d’eau du Québec méridional au tournant des années 2000. Des études ont été réalisées sur les nonylphénols éthoxylés, les phtalates, les polybromodiphényléthers (PBDE), les composés perfluorés, les résidus de médicaments, les hormones, le bisphénol‐A, le triclosan et d’autres produits. Quels enseignements avons‐nous tirés de ces suivis?

Identification d’une nouvelle génération de retardateurs de flamme chez un goéland du fleuve Saint‐Laurent : la saga des polybromodiphényléthers (PBDE) est‐elle en train de se répéter?

Photo de Jonathan Verreault

Jonathan Verreault

Centre de recherche en toxicologie de l’environnement (TOXEN)
Département des sciences biologiques, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Biographie

Jonathan Verreault fait partie du corps professoral du Département des sciences biologiques de l’UQAM et est membre du TOXEN. Il est également titulaire de la chaire de recherche du Canada en toxicologie comparée des espèces aviaires. Son programme de recherche vise à mieux comprendre le devenir, les sources et l’impact sur la santé des contaminants d’intérêt émergent chez les espèces fauniques des écosystèmes à risque des régions industrialisées et de l’Arctique.

Résumé

Les polybromodiphényléthers (PBDE) ont été utilisés massivement depuis quelques décennies dans les produits de consommation (appareils électroniques, textiles, matériaux de construction, etc.) pour réduire leur inflammabilité. Les restrictions internationales récentes sur l’utilisation des mélanges penta‐BDE et octa‐BDE ainsi que prochainement pour le mélange deca‐BDE (2013) font en sorte que l’utilisation de certains retardateurs de flamme non réglementés a augmenté et que de nouveaux composés ont fait leur apparition sur le marché. Ces retardateurs de flamme émergents incluent, entre autres, les 2‐éthylhexyl‐tétrabromophthalate (TBPH), 2‐ethylhexyl‐2,3,4,5‐tetrabromobenzoate (TBB), Dechlorane‐Plus (DP) et les organophosphates triesters (RFOP). L’objectif de cette présentation sera de faire un bref survol des PBDE et des retardateurs de flamme « nouvelle génération » décelés dans des échantillons de goélands nichant dans le fleuve Saint‐Laurent en aval de Montréal. Est‐ce que ces nouveaux retardateurs de flamme nécessiteraient un suivi environnemental plus serré? Devrait‐on s’inquiéter de leur impact potentiel sur la santé des espèces fauniques?

Impacts des changements climatiques sur les apports hydrologiques des bassins versants des Grands Lacs et du fleuve Saint‐Laurent

Photo de Biljana Music

Biljana Music

Chercheure
Ouranos

Biographie

Biljana Music est chercheure à Ouranos depuis 2007 et œuvre dans le domaine des sciences du climat. Elle a une formation approfondie en sciences de l’atmosphère (B. Sc. et M. Sc. en météorologie de l’Université de Belgrade; DESS en météorologie de l’Université du Québec à Montréal [UQAM]) et possède un doctorat en sciences de l’environnement de l’UQAM. Sa recherche contribue à l’avancement des connaissances sur les capacités et limites des modèles climatiques dans la quantification du cycle de l’eau à l’échelle des bassins versants. Actuellement, elle est à la tête du projet « Impacts des changements climatiques sur les apports en eau au système Grands‐Lacs — Saint‐Laurent ».

Photo de Richard Turcotte

Richard Turcotte

Centre d’expertise hydrique du Québec (CEHQ)
Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP)

Biographie

Richard Turcotte a une formation en génie civil de l’Université Laval incluant des études de maîtrise avec une spécialité en modélisation hydrodynamique. Il a aussi un doctorat en Sciences de l’eau de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) en modélisation hydrologique. À l’emploi de l’INRS de 1994 à 2000, il a œuvré à la mise au point et à l’application de la modélisation hydrologique en gestion intégrée des bassins versants, avant de se joindre en 2000 au CEHQ, une agence du MDDEFP. Il est actuellement l’adjoint scientifique de la directrice de l’expertise hydrique de cette agence.

Ses champs d’activité principaux sont l’application des modélisations hydrologique et hydrodynamique pour la réalisation de nombreux mandats appliqués (prévision des débits, projection des changements climatiques, gestion des eaux, zones inondables, etc.). Depuis janvier 2008, M. Turcotte coordonne parallèlement à ses activités ministérielles les activités du volet sur les ressources hydriques du groupe « Impacts et adaptation » d’Ouranos.

Résumé

La présentation comportera deux parties. La première partie abordera le bassin des Grands Lacs (par Biljana Music, Ouranos). Ce bassin sera examiné principalement à partir des composantes de son bilan hydrique, soit la précipitation qui tombe sur les lacs, l’évaporation de la surface des lacs et de l’écoulement provenant de leurs bassins versants. L’analyse de ces composantes sera faite afin de dresser un portrait des changements anticipés dans le futur. Nos analyses seront mises en perspective avec des études récentes apparues dans la communauté scientifique des Grands Lacs. La seconde partie concernera les apports des bassins versants tributaires du Saint‐Laurent le long du tronçon Montréal‐Tadoussac (par Richard Turcotte, CEHQ). À partir d'un grand ensemble de projections climatiques, cette seconde présentation exposera les changements attendus du régime naturel des eaux de surface de ces bassins versants. À noter que les analyses présentées abordent les sous‐bassins des tributaires du Saint‐Laurent et se limitent aux changements dans les apports entrant dans le Saint‐Laurent à partir de ces sous‐bassins. Les impacts potentiels sur les niveaux et débits du Saint‐Laurent n'ont pas, à cette étape, été intégrés à l’analyse.

Complément

Le contenu de la présentation ne permet pas d’expliquer si la trajectoire des tempêtes a une influence sur l’augmentation locale des débits, malgré une baisse des niveaux d’eau des Grands Lacs. Par contre, sur une longue période, tous les éléments climatiques sont importants et dépendent de l’endroit où l’on se trouve. Les étiages seront probablement plus importants dans le futur.

À l’échelle des années, les niveaux d’eau changeront modérément. Par contre, sur des périodes courtes (saisons), on s’attend à des changements plus sévères, des étiages plus prononcés. La situation à Montréal en 2012, où le niveau d’eau était inférieur de un mètre par rapport au 0 des cartes de navigation, en est un bon exemple.

Désoxygénation et acidification des eaux profondes du golfe du Saint‐Laurent

Photo de Denis Gilbert

Denis Gilbert

Océanographe physicien
Direction des sciences océaniques et de l’environnement
Pêches et Océans Canada

Biographie

Denis Gilbert est un physicien possédant 21 ans d’expérience en recherche sur le climat océanique. De 2005 à 2010, il a dirigé un groupe de travail international sur les causes et impacts de faibles teneurs en oxygène dissous en milieu côtier. Il est membre du comité exécutif national de la Société canadienne de météorologie et d’océanographie (SCMO). Il dirige le programme Argo Canada pour le suivi à long terme du climat océanique mondial à l’aide de flotteurs‐profileurs autonomes.

Résumé

Au sud de Terre‐Neuve, la proportion d’eaux du Gulf Stream pénétrant dans le chenal Laurentien est passée de 28 % pendant les années 1930 à 47% à partir du milieu des années 1980, entraînant pour les eaux profondes du golfe du Saint‐Laurent des hausses de température et de salinité accompagnées de baisses d'oxygène et de pH (acidification). Il n’est pas possible pour l’instant d’attribuer ces changements majeurs au réchauffement climatique en raison de grilles de calculs à résolution spatiale trop grossière dans les modèles couplés globaux océan‐glace‐atmosphère actuellement disponibles.