Enjeux globaux sur l’état du Saint‐Laurent : Sessions de discussion

Désoxygénation et acidification des eaux profondes du golfe du Saint‐Laurent

Animateur : Serge Hébert, ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs; Secrétaire : Céline Schaldembrand, Stratégies Saint‐Laurent

Les barrages ont entraîné la disparition de grandes crues; ils ont donc une influence. On peut donc penser qu’il y a un effet cumulatif de tous les barrages. Par contre, les barrages n’ont qu’une influence locale sur l’oxygénation de l’eau. La réoxygénation de l’eau en surface, grâce aux échanges avec l’atmosphère, se fait sur un temps assez court (deux semaines), ce qui n’est pas le cas avec le dioxyde de carbone (beaucoup plus lent).

Photo de la table de discussion sur la désoxygénation

Un indicateur parlant et simple à compiler pour l’hypoxie du Saint‐Laurent serait basé sur la concentration d’oxygène et la température à 300 mètres de profondeur dans l’estuaire maritime. Cet indice serait mesuré par des sondes et par titrage chimique.

Existe‐t‐il des modifications ou des solutions à apporter pour lutter contre la désoxygénation?

Pas au Canada (p. ex. en mer Baltique, on aère l’eau pour que l’acide sulfurique s’évapore). Mais une des principales pistes consisterait à mettre en œuvre des actions pour lutter contre les changements climatiques, mais aussi à réduire les apports en nutriments ainsi qu’à étudier les effets cumulatifs du harnachement des rivières.

Les changements climatiques suscitent des modifications importantes notamment sur les grands courants marins qui entrent dans le golfe. Or, la proportion du mélange des eaux provenant du courant du Labrador et du courant du Gulf Stream a tendance à changer. Ce changement a un effet important sur l’hypoxie, car la proportion plus importante d’eau provenant du Gulf Stream est moins bien oxygénée.

La quantité de nutriments d’origine anthropique a‐t‐elle une influence sur l’hypoxie?

Une thèse importante est en cours d’élaboration et des résultats sont à venir sur ce sujet. Cependant, on peut considérer qu’ils ont un impact relativement peu considérable sur l’hypoxie, mais que toute proportion gardée, les nitrites et nitrates sont intéressants, tout de même, car ils jouent un rôle non négligeable, notamment lorsqu’on se trouve à la limite du seuil critique d’hypoxie. Par contre, ils jouent un rôle important sur la prolifération des algues toxiques et favorisent, notamment, les flagellés.

Serait‐il intéressant de connaître la quantité de nutriments anthropiques entrant dans certaines portions du Saint‐Laurent?

Un indicateur encore plus important serait de connaître le rapport azote/phosphore (N/P) ainsi que celui azote/silice (N/Si), car ils sont des indicateurs des changements écosystémiques. Cependant, l’année 1 n’existe pas encore. Le rapport azote/phosphore (N/P) pourrait être envisagé comme une conséquence non anticipée.

Il y a un lien direct/linéaire entre la température de l’eau et les algues toxiques. Dans les cas étudiés, il est plus facile de cibler les facteurs, car les données disponibles le sont sur une durée plus longue. Le suivi du benthos pourrait constituer un bon indicateur, même s’il y a très peu de suivi, seulement des études très ponctuelles.

Quelles espèces risquent d’être favorisées ou défavorisées par une baisse en oxygène? Comment l’écosystème sera‐t‐il affecté?

Des études ont été réalisées notamment sur la crevette nordique et le flétan du Groenland (ou turbot). Pour cette dernière espèce, un taux de saturation supérieur à 15 % devient problématique.

Si je devais faire une liste de souhaits, le mouillage et la mesure de l’oxygène dans l’océan (et pas seulement des mesures de la salinité et de la température) y figureraient. Plusieurs des méthodes efficaces sont trop onéreuses pour être employées à grande échelle. Pour plusieurs éléments importants susceptibles de servir d’indicateurs (benthos, par exemple), on manque de programmes de suivi et on n’a accès qu’à des études ponctuelles.

Impacts des changements climatiques sur les apports hydrologiques des bassins versants des Grands Lacs et du fleuve Saint‐Laurent

Animateur : Martin Jean, Environnement Canada; Secrétaire : Caroline Girard, Environnement Canada

D’emblée, les participants ont convenu que l’enjeu des changements climatiques était critique pour bien statuer sur l’état du Saint?Laurent. Ils ont également convenu qu’il était difficile de concevoir un indicateur sur cet enjeu étant donné notamment les incertitudes entourant la mesure et la prédiction de ces changements. Les modèles de prévision climatique ne sont pas encore bien développés, il est donc encore difficile de prévoir avec précision leurs impacts.

Photo de la table de discussion sur les changements climatiques

Diverses préoccupations relatives aux changements climatiques dans le Saint‐Laurent ont été soulevées : déplacement du front de salinité dans l’estuaire et impacts sur les prises d’eau potable; amplitude variable des périodes d’étiage et impacts sur la qualité de l’eau (surverses, émergence de sédiments contaminés, etc.); fiabilité des modèles prédictifs des changements climatiques.

Les participants ont précisé les besoins en information relativement aux changements climatiques. Les municipalités ont notamment besoin d’informations permettant de mieux gérer les risques de dégradation des infrastructures de gestion de l’eau, des milieux naturels et des infrastructures de navigation. Avec une meilleure connaissance des changements à venir, il serait ainsi mieux possible de s’adapter et de limiter les pertes, autant à court terme qu’à long terme.

Voici quelques pistes de réflexion pour la définition d’indicateurs sur les changements climatiques au sein du Programme Suivi de l’état du Saint‐Laurent :

 

  •  Prendre en compte les changements climatiques dans l’analyse des indicateurs actuels du Programme Suivi de l’état du Saint‐Laurent. Ceci pourrait signifier qu’une base commune d’informations sur les changements climatiques puisse être établie pour réaliser cette analyse d’une façon uniforme d’un indicateur à l’autre. Il serait donc intéressant d’élaborer des scénarios de changements climatiques qui apportent des éléments sur la direction, l’ampleur et la dispersion des changements climatiques et qui serviraient à enrichir les indicateurs actuels de l’état du Saint‐Laurent.
  • Mettre au point de nouveaux outils de prévision (ou utiliser des indicateurs existants) permettant d’ajouter une estimation des changements climatiques à venir et ainsi offrir aux décideurs des outils d’évaluation de la vulnérabilité des infrastructures et des perspectives d’utilisation du territoire (par exemple, les courbes d’intensité et de fréquence des événements météorologiques extrêmes comme les précipitations).
  • Inclure des indicateurs économiques pour estimer l’état de l’écosystème en lien avec les changements du climat (p. ex. les répercussions économiques des variations des niveaux d’eau au port de Montréal).

Douze années de suivi des contaminants émergents : résultats dans le Saint‐Laurent et perspectives, et identification d’une nouvelle génération de retardateurs de flamme chez un goéland du fleuve Saint‐Laurent : la saga des polybromodiphényléthers (PBDE) est‐elle en train de se répéter?

Animatrice : Louise Champoux, Environnement Canada;
Secrétaire : David Berryman, ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP)

Des participants ont d’abord souligné le caractère inquiétant, voire alarmant, de la présence de tous ces produits dans les milieux aquatiques, dont le Saint‐Laurent. Il est inquiétant de savoir que tous les organismes, y compris l’humain, y sont exposés. La discussion a porté sur plusieurs points touchant les contaminants émergents, mais qui n’étaient pas tous en rapport avec le suivi de ces substances dans le Saint‐Laurent.

Photo de la table de discussion sur les contaminants émergents

Selon certains, l’information sur la problématique des contaminants émergents devrait être davantage transmise aux médias, pour que la population soit informée de ce problème et qu’elle fasse pression sur les autorités politiques. Les participants sont conscients que les spécialistes gouvernementaux et ceux des universités ne disposent pas de la même liberté pour le faire.

On a déploré le fait que, sauf exceptions, il est impossible de savoir ce que contiennent les biens de consommation que nous achetons. On ne peut donc pas orienter nos achats vers des biens qui ne contiennent pas de produits nocifs, comme les retardateurs de flamme. 

On a signalé et salué le fait que le Canada a entrepris l’étude environnementale des substances chimiques utilisées sur son territoire. Celle‐ci a mené à une accélération des mesures gouvernementales concernant les produits jugés nocifs, comme les nonylphénols éthoxylés, les pentaBDE et le perfluorooctanesulfonate (PFOS). Il faudrait qu’à cette démarche gouvernementale s’ajoute un inversement du fardeau de la preuve, comme dans la réglementation REACH en Europe.

Les participants ont déploré le démantèlement de l’équipe en écotoxicologie de l’Institut Maurice‐Lamontagne. Il en résulte une incapacité à connaître l’importance et l’étendue du problème des contaminants émergents dans le Saint‐Laurent marin. À titre d’exemple, le problème de l’ingestion de matières plastiques par les mammifères et reptiles marins, que l’on constate à plusieurs endroits dans le monde, ne fait pas l’objet d’études dans le Saint‐Laurent.

On constate la complexité du suivi des contaminants émergents, notamment le fait que le compartiment de l’écosystème à échantillonner n’est pas le même pour tous les contaminants. Il suffit de penser, par exemple, au décaBDE, que l’on retrouve dans les goélands à bec cerclé, mais que l’on trouve très peu dans les œufs des grands hérons et des fous de Bassan. Selon certains, on ne dispose pas d’assez de données sur la présence des contaminants émergents dans les sédiments, notamment en milieu marin.

On signale la publication récente d’un rapport conjoint de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation mondiale de la santé sur les perturbateurs endocriniens. Ce rapport synthétise et précise les connaissances sur ce problème et il ajoute au poids de la preuve, tant en ce qui a trait à la santé humaine qu’aux effets sur les autres espèces. Des participants à l’atelier signalent toutefois que les problèmes de perturbations endocriniennes chez l’humain peuvent découler de contaminants dont les voies principales d’exposition ne sont pas l’eau potable. Dans le cas des nonylphénols éthoxylés, des polybromodiphényléthers (PBDE), des composés perfluorés et des médicaments, les suivis réalisés par le MDDEFP ont confirmé que l’eau potable n’est pas la principale voie d’exposition humaine. Comme l’a résumé un des participants : « Nous allons tous mourir de bien des choses avant de mourir de la qualité de l’eau du Saint‐Laurent ». Les conclusions quant aux effets potentiels sur les autres espèces sont beaucoup moins claires. 

Des participants signalent que nous disposons de beaucoup plus de données sur la présence des contaminants émergents dans le Saint‐Laurent que sur leurs effets. Nous savons, depuis un certain temps déjà, que la moule Elliptio complanata et le méné à tache noire présentent, en aval de Montréal, des problèmes de perturbation endocrinienne. Cependant, il n’y a pas eu beaucoup d’études pour vérifier l’existence du problème chez d’autres espèces. Nous ne connaissons pas l’étendue spatiale du problème et son importance quant au nombre d’espèces touchées.

Les participants soulignent l’importance de poursuivre la surveillance des contaminants émergents et de leurs effets dans le fleuve Saint‐Laurent.

Effondrement de la perchaude au lac Saint‐Pierre : Comment en sommes‐nous arrivés là et quelles actions devront être entreprises?

Animateur : Yves Paradis, ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP); Secrétaire : Élise Mercure, Stratégies Saint‐Laurent

Synthèse des discussions de la session

Les participants ont fait des commentaires en rapport avec deux grands groupes de préoccupations :

Photo de la table de discussion sur la perchaude
  1. Les changements apportés à l’hydraulique du fleuve et des tributaires, qui ont des effets indirects sur les habitats du poisson le long des rives du lac Saint‐Pierre : les effets du chenal de navigation, de la réduction des embâcles, de la diminution de la circulation le long des rives et de l’accumulation des sédiments en aval des tributaires, les barrages dans les tributaires;
  2. La diminution de la qualité de l’eau et l’enrichissement en phosphore des eaux le long des rives, particulièrement en rapport avec la pollution d’origine agricole.

Les commentaires soulignent que les indicateurs de santé des écosystèmes au lac Saint‐Pierre devraient :

  1. être simples, faciles à comprendre et à illustrer auprès de la population (p. ex. captures de perchaude);
  2. répondre aux préoccupations concrètes des personnes qui vivent dans la région, et non seulement à celles des scientifiques (p. ex. superficie cultivée en maïs dans un bassin);
  3. avoir une valeur économique chiffrable en dollars (p. ex. les services rendus par les milieux humides qui épurent les eaux, les revenus générés par le tourisme écologique);
  4. faire participer la population dans les observations et les mesures de l’indicateur (p. ex. relevé mensuel de la présence de cyanobactéries sur les rives, quantification et cueillette de détritus dans certains secteurs; 
  5. faire en sorte que tous les Québécois (et non pas seulement les personnes engagées présentement) apprécient la valeur du Saint‐Laurent et veuillent le préserver.