Nouveaux indicateurs et intégration de l’information (Salle BC)

Espèces aquatiques envahissantes

Photo de Nathalie Simard

Nathalie Simard

Biologiste principale
Pêches et Océans Canada

Biographie

Nathalie Simard possède un baccalauréat en biologie (1988) et une maîtrise en écologie marine (1994) de l’Université Laval. À titre de biologiste principale, elle coordonne le programme de monitorage des espèces aquatiques envahissantes (EAE) de Pêches et Océans Canada et participe à la réalisation de plusieurs projets de recherche dans ce domaine.

Résumé

Les EAE sont introduites à l’extérieur de leur aire de répartition naturelle par l’activité humaine. Elles constituent une menace pour l’environnement, l’économie et la société. Les vecteurs potentiels d’introduction peuvent être de source naturelle ou anthropogénique. Parmi les espèces suivies, nous retrouvons une algue verte originaire du Japon (Codium fragile), le crabe vert originaire d’Europe, la caprelle japonaise, plusieurs espèces de tuniciers et le bryozoaire Membranipora membranacea. Ces espèces envahissantes sont présentes aux Îles‐de‐la‐Madeleine, en Gaspésie ou sur la Côte‐Nord.

Espèces envahissantes animales

Photo d'Isabelle Desjardins

Isabelle Desjardins

Coordonnatrice des espèces exotiques fauniques envahissantes
Direction de la biodiversité et des maladies de la faune
Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP)

Biographie

Détentrice d’un baccalauréat en biologie et candidate à la maîtrise en gestion des ressources maritimes dea l’Université du Québec à Rimouski, Isabelle Desjardins, nouvelle venue au Ministère, assume le rôle de coordination du dossier des espèces exotiques fauniques envahissantes à la Direction de la biodiversité et des maladies de la faune du MDDEFP depuis juillet 2012.

Résumé

Il existe au Québec plusieurs programmes et réseaux de surveillance d’espèces exotiques envahissantes (EEE), qu’elles soient floristiques ou fauniques. Parmi les programmes de suivi d’EEE fauniques, on retrouve le Réseau de détection précoce d’espèces aquatiques exotiques envahissantes du Saint‐Laurent, composé de 41 pêcheurs commerciaux bénévoles, le Réseau de suivi ichtyologique (RSI) qui détecte la présence d’EEE lors de pêches scientifiques, ainsi que le programme de suivi de la petite corbeille d’Asie. Parmi les espèces exotiques envahissantes à haut potentiel d’envahissement capturées depuis 2007 par les deux réseaux, nous retrouvons le crabe à mitaines, l’alose d’été, le gobie à taches noires et la tanche; avec 411 spécimens pour cette dernière espèce seulement et le gardon. Une première observation de la petite corbeille d’Asie (Corbicula fluminea) près de la centrale nucléaire de Gentilly a initié une étude sur la progression de cette espèce. Les prochaines étapes seront de définir si elle peut atteindre une population plus dense, si elle se retrouve ailleurs au Québec et quelle est sa dynamique en eau froide. À tout ceci s’ajoute la conception d’un protocole de détection précoce d’espèces exotiques animales envahissantes basé sur deux méthodes d’échantillonnage, soit traditionnelle (filets) et moléculaire (analyse ADN).

Espèces envahissantes végétales

Photo d'Isabelle Simard

Isabelle Simard

Coordonnatrice aux espèces végétales exotiques envahissantes
Direction du patrimoine écologique et des parcs
Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP)

Biographie

Détentrice d’un doctorat en sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Chicoutimi, Isabelle Simard est la coordonnatrice du dossier des espèces végétales exotiques envahissantes pour le MDDEFP depuis 2006. Isabelle développe présentement des réseaux de détection et de suivi des plantes exotiques envahissantes et élabore des outils de sensibilisation et de prévention pour limiter l’introduction et la propagation des espèces exotiques envahissantes (EEE).

Résumé

Le programme de suivi des plantes exotiques envahissantes dans les milieux humides du fleuve Saint Laurent en collaboration avec les collectivités a été lancé en 2004 par Environnement Canada. Il a été transféré au MDDEFP en 2011 dans le cadre du Plan d’action Saint‐Laurent 2011‐2016. L’évaluation de l’envahissement des espèces végétales se fait à partir du calcul d’un indice d’envahissement global qui tient compte des recouvrements médians de chacune des plantes envahissantes sur un site et du calcul de la moyenne des valeurs des stations d’échantillonnage présentes dans une unité de surface hexagonale de 1 km de largeur. Cette façon de faire permet de caractériser géographiquement un degré d’envahissement (absent, faible, moyen, fort). Le territoire étudié comprend le lac Saint‐François, le canal de Beauharnois, le lac Saint‐Louis, l’archipel des îles de Boucherville et Sainte‐Thérèse, le lac Saint Pierre et la portion ouest de l’estuaire fluvial (amont de Portneuf). Pour 2012, 94 sites ont été échantillonnés par cinq comités ZIP et la Société d’aménagement de la baie Lavallière. Une influence marquée par les bas niveaux d’eau a été observée. Parmi les plantes envahissantes, le roseau commun et l’alpiste roseau sont en progression et la salicaire commune, la plus répandue, n’est dominante que dans certains secteurs

Survol des approches et des méthodes d’intégration de l’information environnementale

Photo de Caroline Savage

Caroline Savage

Spécialiste des indicateurs environnementaux
Monitoring et surveillance de la qualité de l’eau
Environnement Canada

Biographie

Détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en sciences biologiques de l’Université de Montréal, Caroline est entrée à Environnement Canada en janvier 2002. Elle a travaillé sur plusieurs projets à titre de spécialiste en écologie végétale et géomatique, dont le projet de recherche de la Commission mixte internationale sur l’impact des fluctuations de niveaux d’eau sur les habitats d’oiseaux palustres du fleuve. Elle a été impliquée dans les projets de suivi des milieux humides, des plantes envahissantes et plus récemment de suivi des macro‐invertébrés benthiques. Son principal champ de travail actuel est la mise au point et l’intégration des indicateurs environnementaux.

Résumé

Cette présentation porte sur les notions de base des indicateurs, leur définition et leurs fonctions ainsi que sur les méthodes qui peuvent permettre d’intégrer les données scientifiques afin de faire un portrait global de l’état de santé des écosystèmes. La présentation sert à mettre en lumière l’importance de bien choisir les indicateurs et de bien définir les critères et les questions auxquelles nous voulons répondre. Le défi réside en effet dans la communication des informations scientifiques complexes à nos différentes clientèles. Les approches présentées sont les schémas conceptuels, les constats combinés, l’interpolation spatiale et les indices combinés.

Pouvons‐nous intégrer nos indicateurs afin d’obtenir un meilleur portrait du Saint‐Laurent?

Photo de Martin Jean

Animateur : Martin Jean

La plénière a débuté avec la question : « Que pensez‐vous de l’idée de continuer à travailler sur les méthodes d’intégration pour le suivi du Saint‐Laurent? ».

Éléments potentiels

Plusieurs éléments ont été soulevés, dont l’arrimage des indicateurs d’état aux autres indicateurs complémentaires. On retrouve, dans la littérature, des pistes traitant des fonctions politiques, scientifiques et sociétales. Malheureusement, il n’y a pas d’arrimage entre ces indicateurs d’état et des indicateurs de pression (p. ex. quantité de nutriments issus de l’agriculture, assainissement municipal, qualité des rives). Il y a aussi une absence d’indicateurs de performance associés à ce qui a été mis en œuvre par les gouvernements pour améliorer la qualité du fleuve. Pour l’instant, les différents indicateurs d’état fonctionnent en silos disciplinaires et ne permettent pas d’avoir l’ensemble de la réponse. Une question à se poser ici est : doit‐on essayer d’intégrer les indicateurs existants ou de les réaliser d’une façon intégrée?

Le portrait décrit par les indicateurs doit aussi tenir compte de la clientèle auquel il s’adresse. L’information présentée par le Programme Suivi de l’état du Saint‐Laurent au Rendez‐vous Saint‐Laurent et par les fiches d’information s’adresse principalement à une clientèle avertie. Or, selon certains intervenants, le citoyen est au cœur des actions pouvant amener des changements sur le plan politique, donc l’information doit être amenée à plusieurs niveaux pour rejoindre à la fois des clientèles scientifiques et citoyennes. La notion de citoyen remet sur la table les dimensions socio‐politico‐économiques et la question à savoir : comment, à la fois, satisfaire les citoyens et préserver le fleuve? Cette dernière clientèle a aussi un besoin de paramètres plus concrets pour bien saisir les indices de qualité du milieu naturel. Les échelles de valeur utilisées ne semblent pas rejoindre tous les gens; elles ne sont pas assez concrètes pour eux. À ce niveau d’information s’ajoute la sensibilisation des élus municipaux, jugée primordiale, afin que les décisions et les actions soient prises et mises en œuvre judicieusement dans le respect de l’environnement; certains enjeux environnementaux ne semblent pas bien compris par ces derniers, qui n’ajustent pas toujours leur prise de décision à la lumière des informations générées par les suivis scientifiques.

Embûches

Au‐delà du potentiel de l’intégration des indicateurs, il y a aussi des embûches possibles. Il demeure un risque à trop vouloir simplifier un état de santé par un chiffre. Il y a des risques de masquer certaines informations plus précises, car si certains indicateurs dénotent une amélioration, d’autres, au contraire, dénotent une dégradation. Il faut que les deux constats soient diffusés, et non seulement une moyenne générale. L’exemple de l’indice de qualité bactériologique et physicochimique (IQBP) a été énoncé pour illustrer les dangers d’une intégration. Il y a un besoin d’interpréter au‐delà de la simple valeur de l’indice. L’utilisation de sous‐indices (p. ex. phosphore, coliformes fécaux, etc.) permet une meilleure compréhension de l’état de santé de l’écosystème. S’il est important d’avoir accès à une information intégrée, il faut aussi avoir accès à une information plus fine afin de pouvoir tracer un portrait adéquat pour certaines situations.

Il y a aussi le manque de critères qui pose un problème. Ces critères existent pour certains paramètres (p. ex. phosphore), mais ne sont pas définis, par exemple, pour la superficie des milieux humides. Il devient donc difficile de statuer sur l’état de santé du Saint‐Laurent pour ces indicateurs qui n’ont pas de point de référence.

Prochain portrait global

En préparation de la prochaine publication du portrait global sur l’état du Saint‐Laurent en 2014, certains éléments ont été soulevés, dont l’élargissement des clientèles cibles. La problématique des élus des municipalités riveraines a déjà été mentionnée précédemment, mais à cela s’ajoutent les outils d’information destinés aux enfants pour les sensibiliser dès le plus jeune âge. Certains outils avaient été conçus pour eux et étaient offerts jusqu’à récemment avant d’être abandonnés (Pêches et Océans Canada, Biosphère d’Environnement Canada).

Deux éléments de contenu ont été soulevés. Le premier porte sur l’établissement d’un diagnostic pour comprendre la dynamique du milieu et les causes de l’état actuel de certains indicateurs, et non seulement pour expliquer leur tendance. Le second consiste à définir des objectifs et des cibles à atteindre par des actions pour l’amélioration de l’état du Saint‐Laurent. À cet égard, les tables de concertation régionale auraient avantage à être impliquées dans le processus.

La forme du portrait a été également discutée : l’accès à une carte interactive pourrait permettre d’aller au‐delà des limites d’un rapport en format papier. L’accès électronique par toutes les clientèles à une cartographie interactive, aux données et aux résultats des différentes organisations partenaires du Programme Suivi de l’état du Saint‐Laurent permettrait une meilleure diffusion de l’information et pourrait mieux soutenir l’aide à la prise de décision au moment opportun.

Autres éléments discutés

Un autre élément soulevé touche la démocratisation de l’accessibilité au fleuve. Beaucoup de quais, construits avec l’argent des contribuables, sont maintenant payants pour la mise à l’eau d’embarcations nautiques. Donner accès au fleuve constitue un moyen de sensibiliser les citoyens sur son état; en revanche, il sera difficile d’inciter les citoyens à le protéger s’il est inaccessible.